chantDernière ligne droite pour le bel été.

Il y a eu du sable et la mer, le bruit des vagues sur le drap. Il y a eu des collines de vignes qui glisaient vite à côté de la voiture, nos pieds à rayures dans des sandales sur les pavés, il y a eu des larmes devant la beauté, d'autres comme des gouffres ou des prisons, des feux d'artifice, des météores, des baisers et des films, le  bleu du ciel lacéré par la foudre et par les branches des pins. Il y a eu des tartes aux abricots, aux groseilles aussi, des mains pleines de sucre, de la liqueur de réglisse, un cueilleur d'escargots qui se souvenait de la France, la lumière rasante sur une gare abandonnée au milieu des champs, un joueur de guitare égaré, des brebis roses de couchant, la lune sur un village blanc comme un visage au-dessus d'un gâteau, du vent sur les cheveux mouillés, le crachotement de la cafetière moka dans la cuisine d'Angelina, l'huile d'olive sur la jupe d'Antonia, il y a eu des livres et du sel, des chagrins, des chiens de chasse Espagnols bretons, le moteur de la machine à pâtes, un kilo de pêches à 65 centimes. Si je ferme les yeux, je me souviens aussi du chant des grillons autour du piano, du regard hirondelle de Julia, d'un moment devant la bergerie d'Angelo en attendant qu'on ne se voie plus dans la nuit de la campagne, juste à côté du tracteur rouillé, d'un chat malade aux yeux collés, de quelques flammes sur l'autoroute, de la mozzarella tiède tout juste tressée par les doigts du fromager.

Juillet et août se kaléïdoscopent. De cet enchevêtrement, je dois toutefois extirper un tout jeune homme. Puisqu'il m'a fait la joie d'entendre un peu du vacarme qui régit mes rêves et de le traduire en lignes harmonieuses, puisqu'il me promet de tracer encore d'autres portraits-robots de mon petit peuple hétéroclite, puisque j'ai le droit de vous montrer tout ça, que vous le croiserez encore ici, il est urgent de vous le présenter. Je tends donc un long crayon de bois au jeune dessinateur qui surnage dans mes souvenirs d'été et le tire sur la berge. Tandis qu'il s'ébroue, dire avant tout que s'il était mon fils, je serais rudement contente. Et fière. Il est joli dedans comme dehors, ne le sait pas complètement,  ma sœur trouve qu'il a de beaux cheveux, il s'appelle Henri. Henri est en mouvement, Henri est un mouvement. Il porte le beau nom d'une saison immobile qui ne lui ressemble pas, ma fille l'aime entièrement, je crois bien qu'il l'aime autant. Ils ont des yeux pareils et pourraient être frère et sœur, c'est un peu ça leur longue amitié à pattes de verre, c'est un peu ça leurs élans d'amour irrésistible ; un peu et plus que ça, autre chose. Henri a illuminé juillet tout entier depuis la chambre bleue du fond de la maison, depuis les escaliers forcément dévalés, depuis ses rires, depuis ses décrochages rêveurs et ses doutes, depuis le canapé rouge où il s'endormait parfois avant la fin du film, depuis ses ronronnements en mangeant mes petits plats, depuis sa façon de regarder Sara et de la serrer fort, depuis son grand enthousiasme et ses immenses désirs.

Et puis… et puis Henri, non content d'avoir envolé l'été et de m'avoir obligée à faire semblant de ne pas être si sauvage -d'y croire un peu- m'a fait des dessins. J'étais si fatiguée et si bête que je n'ai pas su lui inventer grand chose pour qu'il y appuie son trait. J'ai simplement posé quelques mots sur la table de la salle à manger, il les a cueillis gentiment, les a illustrés. Il promet qu'il dessinera encore, quand j'aurai retrouvé mes histoires et l'envie.  Je suis rudement contente. Et fière.

Pour finir de vous présenter ce fils de juillet, une petite image à cliquer, avant de publier la première des siennes. Son portrait en train de dessiner a été fait par ma fille, le reste ce sont des esquisses qu'il a vite jetées sur le papier, j'ai récupéré le tout… tambouille et carabistouille, je crois que ça lui ressemble un peu.

portrait

La première image est une ébauche pour un haïku que j'aime bien.