12 mai 2009
[Entends-tu ?]..........
Je suis morte. Tu ne le sais pas, tu te lèves et je suis morte. Loin de mon corps, tu étires le tien, il ne reste plus rien de ma caresse sur ta peau. Mon amoureux de l'autre bout du monde, de l'autre bout du temps, je suis morte. Je veux te dire au revoir mais je n'ai plus de langue, je n'ai plus de mains. Je suis un souffle, j'entre par la fenêtre de ta chambre, je pleure et tu ne le vois pas, je pleure comme on chante, comme on crie, je crie peut-être, je ris aussi de la joie de te revoir. Le vent dans les arbres ne fait pas autre chose. J'entre, je te murmure que je suis morte et tu n'entends pas. Nous nous sommes tellement aimés, m'entendais-tu lorsque je croyais être vivante ? Puisque je suis morte je chante le monde entier et les voyages, les sirènes de bateau, le chant des mouettes, la vague qui heurte la jetée.
Tu sursautes.
Est-ce le vent ?
Est-ce moi ou l'appel de la mer ? Je suis un fantôme, entre ton pull et ta peau, je viens. Les battements de ton coeur, de ton coeur, de ton coeur, réguliers encore comme les pas d'un cheval tranquille, je les bois. Mon amoureux enfui qui ne sait pas que je ne suis plus. Entends-tu ma voix ? Ma langue morte sur ta peau appelle. Tu frissonnes. C'est moi ! Souviens-toi ! Je dessine un mot sur ta poitrine, du bout du souvenir de mes doigts, comme on grave la pierre, de toutes mes forces désapprises, je sculpte : B-L-E-U.
Tu souris.
Tu revois mes yeux, tu fermes les tiens et tombes lourdement dans un repli de mon songe de velours. Le temps fuit par la fenêtre d'où je suis venue, tu crois en moi à nouveau, bleu l'Atlantique, bleu le frais cresson sous la nuque du soldat endormi. Bleue la rivière sous nos visages emporte un reflet de baiser. Bleue la flamme. J'entends le tambour de ton coeur qui m'appartenait et ta voix qui avoue mon prénom se mêle à la mienne, qui rêve le tien. Un enfant passe. Tu le rejoins, tu repars et tu ne sais toujours pas que je suis morte. A nouveau je prends le stylet et, de toute ma volonté d'amoureuse, je souffle sur ton cou : B-A-L.
Les forces me quittent, je ne sais plus rien écrire, entends-moi ! Tu me reviens, l'enfant est passé.
Un soir de 14 juillet sous les lampions et, à côté des lumières et des danseurs, le petit chemin le long des murets encore tièdes ; tu me prends la main, impatient. Dansons. Entre toi et moi la mort que tu ignores tient si peu de place, l'espace d'un soupir, elle est la musique qui s'insinue entre nos ventres et nous enlève, l'électrique distance qui nous préserve brûlants. Puisque je suis morte je chante le monde entier et les corps, le froissement des draps, le rythme de l'étreinte, la confession de joie. Tu penches la tête en arrière et s'éternise la chute enlacée, la merveille. Je suis la douceur que tu réclames entre ta peau et l'air, je galope dans ton sang, retrouvée, tu apprends ma présence, la pluie au carreau m'accompagne.
Reste plus loin encore.
Je tatoue ton corps tout entier, tu entends. L'urgence me remet au monde, des phrases te pénètrent, des histoires t'ensevelissent, tu es la machine rouillée sous le liseron blanc de mon adieu. Abandonné enfin. Tu sais que je suis morte, tu me gardes dans ton rire. Le parquet et le bois du cercueil peuvent grincer, les enfants peuvent courir et grandir, les routes peuvent fuir et tes pas s'éloigner, nous sommes ensemble, cachés sous la vie comme au frais d'une cave parfumée, en été.
04 septembre 2008
[Dérisoire]..........
Le blanc,
je le déchire quand je veux
quand je veux je te dis, regarde !
Je le découpe, je le couvre, je le balafre
le blanc ne me fait pas peur
Ecoute
les mouches d'encre se posent sur la glace de papier et y patinent
arabesques,
envahissent, glissent
le murmure des lames, entends !
et leur stridence quand elles crissent pour m'arrêter
Mais rien n'y fera
Le blanc je le mords et l'avale, je suis le noir qui gagne et luit plus fort
tumultueux, dérangé, trop rapide,
un train d'obscurité sur l'aube morne
un fleuve d'ébène en crue sur des prairies d'hiver
le noir des insectes en nuée
qui envahit et célèbre la nuit, darde, suce et ponctue le sommeil
Je suis toute la nuit qui gobe le jour
du réel
La nuit de mon stylo
dévore la lumière du papier
en rafales forcenées
Le blanc je le froisse et le jette à la corbeille
je le pends à mes oreilles
ou en fais des voyages
Le blanc,
je le déchire quand je veux
quand je veux je te dis, regarde !
Je suis le charbon de l'éclair
dans la nuit blanche
la pluie d'ombres tombant des branches
sur l'été
Je suis le merle envolé
d'une épaule pâle
le chat ténébreux effleurant
l'ultime neige
Les mots
à la vitre salie
j'écris
Découvrez Various!
25 août 2008
[Je préfère ce rêve-là]..........
D'argent les ombres des branches sur ma peau un dimanche et d'argent le ventre de l'épervier derrière la fenêtre du salon. D'or les éclats de soleil qui font de l'eau au sol, avec des truites dedans. D'or la lune qui viendra à son tour. Mes yeux sont des oiseaux aux cous hérissés de plumes obscures et sous mes paupières des mondes parfaitement ronds roulent lentement dans l'azur. Je dors, ne me réveille pas, ici personne ne m'atteint. Je préfère mes orages aux cris des chiens, je préfère mes cauchemars aux courses mécaniques des poulets étêtés, je préfère la nuit immense percée du chant d'étoiles déjà mortes, je préfère mon rêve à ce songe-là. Faire se lever une tempête qui laisserait la réalité blême et sèche comme un os, demander au chat de me prêter son œil mobile et inquiet, grâce à lui pêcher quelques gouttes de violoncelle en suspension dans l'air saturé, les poser en collier lourd sur mon cou abandonné, m'étirer jusqu'aux confins des échos des mondes, sourire à la fin. En moi la rivière continuera à couler le long des boutons d'or, sous les saules et les corps allongés au pique-nique, je dors ne me réveille pas.
Montage photoshop réalisé à partir d'une peinture de Tamara de Lempicka : La Bella Rafaela
Découvrez Lucienne Delyle!
13 août 2008
[L'écho des pierres]..........
Tu me demandes ce qu'il peut bien y avoir dans les montagnes.
Je réfléchis. Tu me dis : "il y a bien des tunnels mais il y fait toujours tout noir, alors, on voit très mal." Forcément.
J'imagine.
Déjà la langue sur le dedans des montagnes, râpée à la pierre humide, froide et rude. Sens-tu ce goût du cœur de la montagne, qui ressemblerait un peu à celui de la neige et aussi à celui des murs de béton juste après une averse d'été ? Un goût plat comme un galet à ricochets, aiguisé comme un rasoir. Un goût comme un déraillement de train, un peu.
Quand tu fermes les yeux très fort sur la paume de tes mains, tes coudes posés au bureau, ça ressemble à l'idée que je me fais de l'intérieur des montagnes. Le noir se poinçonne de milliers de parasites, souvenirs de lumières, d'images, de musiques. Si tu restes encore un peu, l'obscurité vire au gris électrique puis devient un puits blanc où tu t'envoles, un écho. Dedans la densité des montagnes, des tourbillons doivent pareillement savoir surgir sans un bruit et t'emporter au cœur des songes. Les montagnes sont peut-être pleines des âmes à venir en leur cocon de pierre. Et de secrets trop lourds pour être laissés libres. Elles sont sans doute aussi remplies de prières maladroites, bâillonnées, échappées du ciel des églises.
Dans les montagnes il y a des espoirs d'histoires, ça je le jurerais, des incipit extraordinaires, des chutes vertigineuses, des romans entiers à cueillir. Des hanches de femmes, des nombrils cousus et des visages éternels, des oiseaux crayeux, des chiens couchés, des géants au festin, des amoureux qui serrent fort leurs doigts de marbre emmêlés. Je pense à la dernière scène des Visiteurs du Soir. Le diable est bien content, il croit avoir transformé les amoureux désobéissants en statues mortes, il croit avoir tué l'amour insolent. Tout à coup, pam tam dam pam pam… qu'entend-il le diable furibard et vaincu ? Il entend leur cœur qui bat, qui bat, qui bat !
Au plus profond des montagnes, des cœurs têtus qui persistent à battre à l'unisson ? Et tout autour de ce frémissement imperceptible, jusque sur les parois des tunnels où passent les camions :
J'imagine une réserve de nuit.
Et de silence.
Quand le vacarme et les lumières du monde seront trop agressifs, quand plus une ville, plus une maison, n'acceptera de dormir simplement sous les étoiles, quand nous serons bien fatigués de toute cette agitation bête, les montagne s'ouvriront peut-être et en sortiront de grandes ailes de sommeil, une main fraîche de mère inquiète sur un front brûlant. Et dans ce sommeil enfin, dans ce silence et dans cette nuit infiniment douce, la montagne aura peut-être engendré des rêves plus vastes que les nôtres. Oui, peut-être qu'au cœur de l'impénétrable montagne, dorment les illimites des mondes.
Découvrez Björk!
26 juin 2008
[Alice au pays de Tim]..........
Juste une grande joie à partager, mode "journal très peu intime" ! Depuis le temps ! ![]()
Alice au Pays des Merveilles.... Elle n'est pas dans ma bannière par hasard, la petite Alice Liddell qui inspira le révérend Dodgson... Alice a fait de moi une lectrice, elle est une de mes pierres de fondation. Je ne suis pas bibliophile mais elle a un long rayon pour elle toute seule dans ma bibliothèque. Même qu'elle en déborde, en BD, en Anglais, en Flamand, en Italien, vieilles Alices toutes jaunes, Alices à peine nées qui sentent encore l'encre et le vernis. Si elle sortait de son livre elle se retrouverait... dans son livre ! Deux Alices dans les pages et puis dix et puis cinquante devant la Cour des cartes à jouer ; ce serait la fête de la Reine de Coeur, tiens ! Elle ferait moins sa fière, la rombière ! Je l'aime depuis maintenant plus de 35 ans, l'enfant éternelle. Alors vous comprendrez que je sois un peu agacée qu'elle soit tout à coup tellement à la mode, revendiquée par tous comme le dernier acc
essoire trop tendance. Je fulmine qu'on veuille absolument, qui plus est, la rendre macabre, un peu sordide, parfaitement commerciale, adolescente plutôt que petite fille, qu'on fasse du sang de son jus de framboises, qu'on la récupère en sombre icône délétère, qu'on la psychédélise à outrance ou, pas mieux, qu'on en fasse une mièvre bêtasse. Indochine, Manson, les fournisseurs d'Internet, les restaurateurs, on ne peut plus rouler sans voir des jardins d'Alice en plastique le long des routes, mirobolantes gargotes, échoppes approximatives.
Alice cours ! cours ! Ils te veulent vicelarde, racoleuse, sois rapide et pure comme l'éclair, cours. Parce que, petite, j'en ai ras le bol de thé que tu te fasses récupérer, tu es trop gentille. On était pourtant bien peinardes, rien que les deux ou presque, des décennies durant, sans tout ce flonflon. On acceptait volontiers, en se marrant, même, que les gens te pensent blondinette à cheveux ondulés sur robe bleutée, alors que tu étais mendigote sous l'oeil de Lewis, derrière tes yeux sombres, sous tes cheveux châtains tout droits. De temps en temps on croisait le chemin de gens qui semblaient t'aimer sincèrement... tu te souviens de Gourio ? Mais si !!! Allez, viens... je vais te rafraîchir la mémoire, on change de sujet, d'aiguillage, on repassera bien par là mais tout de suite, on va boire le thé chez lui :
[Gourio Jean-Marie : ce type est un amoureux des mots, mieux : des livres. Il a écrit un poignant "Alice dans les livres", c'est de la poésie comme j'aimerais savoir, c'est un roman que j'aimerais contenir par (battements de) coeur sur les lèvres pour le souffler à ceux qui ont faim. Si on devait donner des permis d'Alice, Gourio serait permis d'or ou de nougatine c'est mieux, permis de tout, il fait mourir Alice pour qu'aucun enfant ne meure, il sait notre éternité de lecteur dans les pages, planquée. Ce roman est triste et lancinant et joyeux, espérant. L'histoire ? Samuel accompagne les derniers instant de sa petite Alice au pays des souffrances, tandis qu'Alice au pays des merveilles voyage à travers les livres pour venir chercher sa petite soeur, arrêter la chute dans le puits sans fond. C'est un trésor pour qui aime l'histoire d'Alice. Et la poésie des arbres, des fleurs jaunes du bord de l'eau, des veilleuses sur les tables de nuit, des rois en chariot, des infirmières en sabots, des silences de couleurs, des nuages à l'envers, des parkings surveillées par des hêtres manchots.] 
Tu vois que je sais te prêter. Mais pas à n'importe qui ! Non, décidément pas à n'importe qui. Mais lui !!! Lui je rêvais que tu le rencontres, qu'il te prenne par la main ! Qui donc ? Mais enfin, Alice, sois un peu attentive veux-tu ! Essaie de suivre ! On parle de Tim Burton depuis le début ou presque. Jean-Marie qui ? Gourio quoi ? Je te cause de Burton ! Pas Richard, non ! Tu es décidément bien dissipée. Je suis si contente qu'il m'ait entendue. Je m'apprêtais à lui écrire, vois-tu, parce que je le trouvais un peu en retard sur la route qui mène à toi. Chaque fois que je sortais du cinéma, ou que s'arrêtait un DVD, chaque fois que je quittais Tim, je me disais et serinais à ma fille : "Dediou de bois ! Il va comprendre quand qu'il est fait pour Alice ?" et voilà qu'il a compris, le ciel s'ouvre, les anges chantent, j'ai une merveille en promesse pour 2010. On m'a dit ça hier, et la maison a résonné de "oh j'suis contente" à deux voix avec la fille, pendant environ une heure. Et ça m'a reprise ce matin. "Oh j'suis contente !". larmes aux yeux. Un film d'animation à ton nom, fait par lui, avec Johnny Depp en modèle du... chapelier fou !!!! Je ronronne, je jubile, je m'exclame, je suis bien aise, je m'enroule, je m'étire. ENFIN ! Tu es en de bonnes mains, fillette ! Papa Burton va te faire belle ! Tu auras le genou écorché, le regard droit et beaucoup d'insolence, j'en suis sûre. IL ME TARDE !
...Et j'pouvais vraiment pas le garder pour moi !
25 juin 2008
[Le pays de mon coeur caramel]..........
Le pays de mon cœur qui bat, qui bat, qui bat ? ce sera celui des songes où pendeloquent des cœurs caramels transpercés, olibrius à balancelle, galopant des amours flamboyantes, un drôle de pays qui ne dit pas son nom aux douaniers mais préfère le chuchoter aux enfants et aux amoureux. Contrairement à ce qu'on croit, il ne rejette pas ses habitants au petit matin –que l'on peut appeler les rêveurs, si on veut. Ce sont eux qui le quittent, pensant sortir juste un moment. Les voilà perdus pourtant : le pays de mon coeur est animé d'un mouvement presque imperceptible, qui peut faire franchir trois fois la distance de la terre à la lune en quelques secondes. On croit être encore au seuil, dans le jardin du rêve, en son ombre bleutée, on croit pouvoir revenir à sa douceur quand on le désire alors qu'on est déjà en plein désert, très loin ou tout près, de toute façon revenu, cerné à nouveau par les frontières de ronces du réel. Les autres rêveurs nous cherchent dans le songe qui demeure malgré nous. Ils nous appellent ; on n'entend plus leurs voix, juste une vague rumeur que l'on prend pour du vent ou le chant d'un oiseau, le klaxon d'un camion blanc sur la colline. On pourrait peut-être encore retrouver la petite porte pourvu que l'on s'arrête, que l'on aperçoive les liserons derrière la rouille, que l'on entende l'oiseau derrière la poulie. Mais on secoue la tête, on chasse les abeilles chargées de miel, on continue à s'enfoncer sur nos jambes lourdes dans les taillis ou dans les dunes, sans même savoir qu'on a renoncé et que l'oubli viendra.
Il faut habiter ses rêves avec ténacité et s'armer d'un fil d'or pour aller au jardin.
Ecrit et illustré le 17/1/8 pour dedicacessen
[A l'orée du bois noir]..........
Maman,
Je pars. Un insecte sombre entre ma peau et ma chair, tisse une toile hérissée de fils électriques ; C'est le loup qui s'est logé à mon envers, un grillon tatoué, infernale sirène. Maman, laisse-moi maintenant au vacarme du vent hisser mon grand voile rouge d'enfant échappée. Il fallait bien que ça arrive. La maison est trop petite, je touche le toit, j'y cogne ma tête. Il faut que je me mette en route et entre dans la sombre forêt.
J'ai à porter un fardeau, des cendres comme du plomb, je cheminerai. Tu me l'as appris : inoubliable et fugitif, chacun avance, son sac lourd sur le ventre, affamé et solitaire dans la grande nuit des temps, je ne peux m'entendre ni m'étendre, la douceur est une illusion, une brise qui ne pénètre pas le brouillard. Il faudra avancer toujours à la lueur déclinante des torches que chacun brandit. La lumière a forme de croix, de bateau, de pièce d'or, de coeur palpitant, de femme nue dans les mains qui se tendent devant les pas. La mienne, à quoi ressemblera-t-elle, vacillant ferme entre les arbres, quel visage au ciel ? Personne ne songe à toucher la flamme, on la suit en trébuchant, on ne sait plus l'horizon, les ténèbres sont les limites et l'espace, l'air respiré. Depuis les futaies, des hommes disent des poèmes qui me sont déjà parvenus, ont griffé ma peau, l'ont tatouée, des seins jusqu'aux chevilles. Hier j'ai cru voir le jour se lever, j'ai eu 6 ans et des dimanches à courir ; ou peut-être était-ce demain et avais-je cent ans, tant de fois la brume a tout recouvert que ma mémoire a fini par s'effilocher, aux temps répandue, au premier futur venu offerte. Cheveux d'ange, barbe à papa, si je la rassemble et la tète sur ma langue, elle fond trop vite, avalée dans le puits grouillant de mon corps.
J'entendrai autour de moi dans la procession, les cris des chiens, les larmes et les rires des humains qui m'entoureront, me devanceront, toi maman, ou me suivront sans me savoir. Entrevus et chéris, perdus. Des phrases inutiles éclateront l'oreille sans éclairer les ornières, des pétards de 14 juillet : "je ferais bien d'aller chez le coiffeur - je te fais des crêpes - Ne rentre pas trop tard - Fais attention - Tu vas me tuer - Je t'aime - Elle te fera verser des larmes de sang - bonne nuit fais de beaux rêves - ne le répète surtout pas - tu m'en diras des nouvelles - tu me saoules - quand je partirai - je te l'avais bien dit".
Le vacarme des combats rythmera le défilé, en repère, j'entendrai le sang couler, je suivrai son cours comme celui d'un ruisseau où l'on se désaltérera tous. La violence brillera au ciel, lune au-dessus du cortège, pénétrant chaque endolori de sa grimace blafarde. Et puis.
Demain je mettrai ma main dans la sienne, la boue à mes souliers ne collera plus, je verrai les buissons des talus, et les fleurs dans les buissons des talus, au phare de ses yeux clos, m'apparaîtront. Déjà il marche dans la sombre forêt et m'y appelle.
Maman, je pars.
Ecrit et illustré le 4/6/7 pour dedicacessen
[Mangez-moi mangez-moi]..........
J'ai dormi dans mon frigo ! La chose et son contenu habituels étaient-ils devenus géants ou avais-je rapetissé ? L'histoire ne le dit pas. Je languissais gentiment entre un yaourt au citron et une truite hagarde. Je crois bien que j'ai aperçu l’ombre fantomatique d’un bouquet de persil mais ne saurais le jurer, c'était peut-être de la coriandre ou les têtes échevelées de branches de cerfeuil en conciliabule. J’entendais la rumeur des clayettes du dessous, le camembert hurlait qu’il était fait comme un rat tandis que la mousse au chocolat en sursis de péremption, suppliait qu’on la consomme avant minuit. Au-dessus de moi, les fesses d’une barquette de foie de veau étaient seulement agitées du souffle régulier du sommeil, tandis que le dessous du verre de moutarde pétait des bulles de topaze vite évaporées. Les crevettes ronflaient puissamment dans leur assiette en pyrex et c’était douceur de voir leur orgiaque mêlée endormie ainsi, abrutie dépourvue de rêves. Symphonie dodécaphonique que les parfums mêlés de tous ces aliments, violons désaccordés que leurs bourdonnements mêlés au ronron du frigidaire, dans la nuit transparente. Oui, ce noir-là était translucide, percé de veilleuses vertes de salle de cinéma : "sortie de secours", "halte au feu", "merde à la police", "les oeufs et les laitages d’abord". Dans leur faible clarté, on apercevait les aliments et leur gigue de morts, ralentie comme un brouillard.
Il n’y a que moi qui étais parfaitement immobile, ficelée que j’étais en paupiette de veau. Rouée de coups, aplatie jusqu’à la finesse du papier, roulée cette fois délicatement sur moi-même puis ligotée serrée, je contenais, meurtrie et complice, le secret que des doigts sûrs m’avaient contrainte à garder, un enfant parfumé d’herbes mouillées, informe et patient, attendant en mon centre que l’on me tranche pour apparaître, tendre sous ma chair. J’en éprouvais de la résignation et du contentement, au milieu de cette nuit froide, j’attendais mon heure, sachant qu’avant d’être mordue, moulue, avalée, il me faudrait connaître le feu. Tout était décidément en place dans ma tête engourdie de paupiette, sans plus d'énergie pour de la peur ou des regrets je n’avais même pas à fermer les paupières pour me reposer enfin. Au milieu des autres condamnés, l'indolence me gagnait.
Ecrit et illustré le 25/2/8 pour dedicacessen
[Associations]..........
- Kiravi, goldo et Mennen bleu ; mon père.
- tarte aux pommes et eau de Cologne ; ma mère.
- fraise et vent sous ma petite robe jaune ; 16 ans.
- muguet et raviolis en boîte ; début d'été, Talloires avec ma sœur.
- bière pression et "Adieu minette" dans le juke box ; autre chose que le lycée.
- vanille et le gilet noir de mon chéri, qui sent le soleil de la journée de printemps sur une chaise près du lit ; première nuit.
- Café noir et sauce tomates ; l'Italie.
- Chanel numéro 19 et la joue de mon bébé ; maternité.
- gitane maïs et chantilly ; mon yéti de frère.
- Les fleurs qui fanent et la saucisse fumée ; enterrements.
Ecrit et illustré le 5/3/8 pour dedicacessen
[ Des baisers sur mon front brûlant, des baisers sur mon front brûlant ]..........
Cette chanson que j’aime tant, une des dix que je voudrais entendre toujours, garder comme on respire et la pâte, sous ma main ferme, qui répondait. Le chat quand il s’étire et griffe l’air tendu sous ses pattes, n’est pas plus heureux. Les pensées chantonnaient elles aussi : pétrir, le tourbillon, la vie, la ronde, Jules, le ressac, tout revient, Jim, tu reviens,
Tous broyés, tous pétris qui est le boulanger ? est-ce que de temps en temps, ça s’arrête ? Oui, quand tu me dis que tu m’aimes. Les horloges cessent de pleuvoir. Et mes mains qui prennent la pâte et la roulent et la palpent et la caressent et l’étreignent, la repoussent,
Rythme grisant, une valse sûrement, si je savais la danser. Ma mère me parlait de la valse, je n’ai jamais su, compter puis oublier de compter. Le bal dure toute la vie, le bal dure une nuit. Le temps de faire une brioche. Pas plus, la musique et tes bras,
La chanson allait finir. Les songes, en notes bruinées de couleurs, couraient avec la voix de Jeanne, sous ma peau, jusque dans mon bras, jusque dans la paume de ma main couverte des arômes de la pâte, jusque dans la pâte couverte des parfums de ma paume.
Ecrit et illustré le 8 février 2007 pour dedicacessen










