Lenverre

Histoires de causer, histoires d'en faire, de petites histoires de rien du tout presque vraies, ressemblant à des personnages existant ou ayant existé.

21 septembre 2009

[Contes de l'été et du jeune homme -3]..........

oeilchatpetit

Pour mieux voir l'image, cliquez dessus.

Dessin : Henri

PS : ajouter que moi aussi, comme Mère Castor et d'autres avec elle, je suis partie à la chasse au jaune et que ça a donné un nouvel album photos.

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09 septembre 2009

[Contes de l'été et du jeune homme -2]..........

otaries01

Toujours le même conseil : c'est mieux en cliquant sur l'image.

Dessin : Henri

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25 août 2009

[Fils de juillet]..........

chantDernière ligne droite pour le bel été.

Il y a eu du sable et la mer, le bruit des vagues sur le drap. Il y a eu des collines de vignes qui glisaient vite à côté de la voiture, nos pieds à rayures dans des sandales sur les pavés, il y a eu des larmes devant la beauté, d'autres comme des gouffres ou des prisons, des feux d'artifice, des météores, des baisers et des films, le  bleu du ciel lacéré par la foudre et par les branches des pins. Il y a eu des tartes aux abricots, aux groseilles aussi, des mains pleines de sucre, de la liqueur de réglisse, un cueilleur d'escargots qui se souvenait de la France, la lumière rasante sur une gare abandonnée au milieu des champs, un joueur de guitare égaré, des brebis roses de couchant, la lune sur un village blanc comme un visage au-dessus d'un gâteau, du vent sur les cheveux mouillés, le crachotement de la cafetière moka dans la cuisine d'Angelina, l'huile d'olive sur la jupe d'Antonia, il y a eu des livres et du sel, des chagrins, des chiens de chasse Espagnols bretons, le moteur de la machine à pâtes, un kilo de pêches à 65 centimes. Si je ferme les yeux, je me souviens aussi du chant des grillons autour du piano, du regard hirondelle de Julia, d'un moment devant la bergerie d'Angelo en attendant qu'on ne se voie plus dans la nuit de la campagne, juste à côté du tracteur rouillé, d'un chat malade aux yeux collés, de quelques flammes sur l'autoroute, de la mozzarella tiède tout juste tressée par les doigts du fromager.

Juillet et août se kaléïdoscopent. De cet enchevêtrement, je dois toutefois extirper un tout jeune homme. Puisqu'il m'a fait la joie d'entendre un peu du vacarme qui régit mes rêves et de le traduire en lignes harmonieuses, puisqu'il me promet de tracer encore d'autres portraits-robots de mon petit peuple hétéroclite, puisque j'ai le droit de vous montrer tout ça, que vous le croiserez encore ici, il est urgent de vous le présenter. Je tends donc un long crayon de bois au jeune dessinateur qui surnage dans mes souvenirs d'été et le tire sur la berge. Tandis qu'il s'ébroue, dire avant tout que s'il était mon fils, je serais rudement contente. Et fière. Il est joli dedans comme dehors, ne le sait pas complètement,  ma sœur trouve qu'il a de beaux cheveux, il s'appelle Henri. Henri est en mouvement, Henri est un mouvement. Il porte le beau nom d'une saison immobile qui ne lui ressemble pas, ma fille l'aime entièrement, je crois bien qu'il l'aime autant. Ils ont des yeux pareils et pourraient être frère et sœur, c'est un peu ça leur longue amitié à pattes de verre, c'est un peu ça leurs élans d'amour irrésistible ; un peu et plus que ça, autre chose. Henri a illuminé juillet tout entier depuis la chambre bleue du fond de la maison, depuis les escaliers forcément dévalés, depuis ses rires, depuis ses décrochages rêveurs et ses doutes, depuis le canapé rouge où il s'endormait parfois avant la fin du film, depuis ses ronronnements en mangeant mes petits plats, depuis sa façon de regarder Sara et de la serrer fort, depuis son grand enthousiasme et ses immenses désirs.

Et puis… et puis Henri, non content d'avoir envolé l'été et de m'avoir obligée à faire semblant de ne pas être si sauvage -d'y croire un peu- m'a fait des dessins. J'étais si fatiguée et si bête que je n'ai pas su lui inventer grand chose pour qu'il y appuie son trait. J'ai simplement posé quelques mots sur la table de la salle à manger, il les a cueillis gentiment, les a illustrés. Il promet qu'il dessinera encore, quand j'aurai retrouvé mes histoires et l'envie.  Je suis rudement contente. Et fière.

Pour finir de vous présenter ce fils de juillet, une petite image à cliquer, avant de publier la première des siennes. Son portrait en train de dessiner a été fait par ma fille, le reste ce sont des esquisses qu'il a vite jetées sur le papier, j'ai récupéré le tout… tambouille et carabistouille, je crois que ça lui ressemble un peu.

portrait

La première image est une ébauche pour un haïku que j'aime bien.

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01 décembre 2008

[Elle taille la route, la pâquerette !]..........

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- Je suis la pire des daubotes !
Elle crie dans le couloir. Elle crie lentement, comme beaucoup ici : les voix sont au ralenti, alourdies par la prescription médicale, ça donne de drôles de sons, empâtés, des cris dans des oreillers qu'on articulerait en cauchemar, qu'on croirait articuler.
- Ici, je ne progresse pas, je régresse. Elle prononce : "regraisse". Elle regraisse la petite fille aux chaussons roses et à la voix éteinte. Elle fait les cent pas dans le couloir beige. Un papillon à la lumière, elle attend sa mère qui sortira bientôt du travail. Elle vient de se réveiller, elle voudrait sortir.
- Je suis nulle, nulle, nulle !
Une aide-soignante laisse tomber son chariot et va vers elle.
- Mais non, tu n'es pas nulle.
- Si !
- Non…

elle la prend doucement par la taille, l'assied avec elle sur une marche de l'escalier.
- Regarde tout ce que tu sais broder, tricoter. Moi j'en serais bien incapable.
La jeune fille qui a 18 ans chez les fous la regarde, pas tout à fait dupe mais un peu apaisée.
- Tu veux jouer à quelque chose ? Tu veux que je sorte un jeu ?
- Non merci madame, ma mère va arriver.

Elle va coller son visage à la vitre de la porte du dehors où la nuit est déjà appuyée, puis retourne dans la chambre, s'assied sur une chaise, dos à la fenêtre et se met à broder frénétiquement, le visage tout proche de l'ouvrage. L'aiguille frôle les lunettes, la peau du nez, les lèvres cousues enfin. Sa voisine de chambre n'a pas bougé, couchée elle regarde son visiteur, peut-être son mari, assis à son chevet. Il a la tête baissée sur  des mots croisés.
C'est Mireille qui s'y met. Depuis l'autre côté du couloir, elle réclame à manger, assise dans toute sa graisse inerte.  Personne ne lui répond, les infirmières boivent le café. L'aide-soignante a repris son balai.
- A manger ! J'ai faim ! nom de dieu ! bande d'enfoirés !

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Puisque rien ne vient, elle se lève, ça lui prend des siècles. Elle se poste au seuil de la chambre. Elle occupe toute la largeur de la porte. Son regard croise le mien, en face. Elle a un œil mort, l'autre scrute. Elle se met à rire très fort, brièvement. Elle sort une cigarette de sa poche de jogging et entame sa lente marche chaloupée vers la porte du "patio". Je respire, elle me tourne le dos, elle n'a rien dit. Pas d'insulte, je n'ai pas pris l'averse.

Le patio, c'est un bout de terre boueuse de 6 mètres sur 6 où sont entreposées l'une sur l'autre d'incongrues tables de jardins en fer forgé qui  rouillent sous la pluie de décembre après avoir rouillé sous celle d'autres novembres. Il y a encore quelques brins d'herbe dans la boue, sous le grillage mal caché par une haie de thuyas. On vient fumer là, entre suicidés de l'avant-veille, alcooliques, juste déprimés, méchamment dépressifs, attardés, on vient fumer là mais comme il fait trop froid, on ne sort pas vraiment, on souffle juste la fumée du côté du dehors. On reste dans le couloir au sol de ciment, aux murs jaunes d'un autre siècle, sous le néon blanc qui ne cache rien des dalles du plafond écroulées, de la plomberie rafistolée, du sordide insupportable qu'on finit par ne plus voir. Il y a un bout de tuyau qui ne va nulle part, deux colliers fixés au mur, un bout de tuyau. Une histoire de fous ("ils ne sont pas tous enfermés"). L'ambiance ressemble à celle des autogares d'antan, les soirs d'hiver, entre nuit d'encre et lumière trop crue. Pas de demi-teinte et on gèle, debout devant la petite porte sur le monde ; de l'autre côté de la haie, cinq mètres à peine, la grille de l'hôpital et la rue, des voitures qui passent, des bus illuminés plein de gens assis au chaud, la devanture d'un coiffeur "tout pour les nouvelles chevelures", celle des Pompes Funèbres.

La petite doit trouver le temps long au-dessus de son aiguille. Elle parle.
- Même quand je joue à un jeu qui me plaît, je peux pas, je peux pas ! "Je suis trop grande" pour le jeu. Pourquoi je serais trop grande ? Je ne suis pas trop grande !!!  La pire des daubotes ! Mon père est un connard, un sale connard.
Sa voix vole plombée dans le couloir. Elle rencontre celle de Mireille qui, revenue du patio, appelle toujours son repas, menaçante entre deux éclat de rire incongrus ; derrière elle on entend Goldman qui s'échappe de la radio "A nos actes manqués" ; ça ne s'invente pas. Vient se joindre au chœur une troisième femme, la dame de la chambre 11, la seule individuelle, avec des barreaux aux fenêtres. Elle lit. A haute voix, un peu plus claire que les autres, appliquée et monocorde, qui s'étrangle parfois mais persiste, élève que la maîtresse interroge. Quelques bribes enlacent les paroles de souffrance au-dessus du linoléum :
"Tout à coup… barrages de politesse… un flot d'aveux… Ici je suis à l'abri… Vous devriez vous reposer… Elle lui prit la main… bientôt le printemps, dit-elle… toutes les pendules de la maison… voilà mon mari… une odeur de grand air, de rue froide… gueule… acrobate… je le trouve très beau…. Toute rêveuse…. frileuse…il vérifia dans un miroir…il l'éteignit..."
Il y a toujours des livres sur la table de la chambre 11. Et des papiers. Elle écrit, souvent. Un jour, elle me demande en pleurant si j'ai un timbre pour envoyer sa lettre à son mari. Elle me la confie, l'écriture sur l'enveloppe est serrée, comme la voix, consciencieuse et tremblante. Je repasse sur les chiffres du code postal, pour qu'ils soient bien lisibles. Elle partira de la boîte aux lettres jaune de Cora.

Choros inextricable, le chant des trois femmes (dont un avec passé simple) explique le drame, complété par les grincements des sommiers de ceux qui ont renoncé à parler et par l'écho lointain des pas en pantoufles de quelques ombres qui déambulent. D'autres jours, l'histoire s'emballe, il va se passer quelque chose, on gronde, des hommes râlent, tempêtent, lancent des imprécations, la complainte enfle, devient colère. Les lendemains sont alors plus calmes encore : muselée la rage roupille en chien de fusil. Le silence reprend sa place épaisse jamais vraiment cédée le long des murs, mensonge d'harmonie contre les radiateurs toujours trop chauds qui font des flaques sur le sol brillant  juste au-dessous des paysages de rêves en posters gondolés ("que voulez-vous ma pauvre dame ? Ils ne feront plus de travaux, ça va être démoli dans deux ans").

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Mon fou à moi n'aime plus personne ici, les "fréquentables" sont sortis, il est resté, c'est injuste, enfant menteur, raciste et voleur de 58 ans. Son nouveau voisin de chambre a récupéré, il sait à nouveau regarder par la fenêtre, ne confond plus Pâques et Noël, admet que Jacques Chirac ne soit plus président. Il est revenu sur terre derrière ses gros yeux pâles, résignés et souriants. Les autres malades entrent souvent dans la chambre, il leur permet de fouiller dans son placard pour prendre des clopes. "trop bon trop con" murmure mon yéti d'un air méprisant.

Il essaie même, cet insupportable gentil,  de parler à mon frère qui lui répond, bourru, par monosyllabes. Il se cache, mon fou, l'homme seul au milieu du monde. Il n'a plus l'énergie pour les grandes et terribles crises qui faisaient trembler nos ciels. Résigné et fâché, mauvais, il observe ses colocataires, leur trouve des surnoms et jamais l'ombre d'une excuse. "Pink Monster", pour la jeune fille obèse en robe de chambre rose ; "L'immense con" pour l'homme de plus de deux mètres (comment tient-il dans ces lits exigus ?) qui penche toujours la tête sur son épaule droite ; "Le pot à tabac" pour celle qui a toujours faim ; "Le séisme" pour la femme d'en face qui rouspète et fait trembler les murs ; "La tragédienne" pour la lectrice ; Seule la petite jeune fille, "la pire des daubotes", échappe au sarcasme, il n'en dit rien, juste qu'il trouve qu'elle ressemble un peu à notre nièce. Presque de la compassion : "ils l'assomment pour qu'elle la ferme". Il a l'air de bien aimer aussi cette femme sans âge qu'on attache à un fauteuil parce que son corps penche irrésistiblement vers le sol, qui regarde par en-dessous, recopie des catalogues au stylo bille vert, fait des puzzles Disney très vite ou parle à son poupon de Celluloïd. Il ne se moque d'elle que lorsqu'elle s'écrie : "papa ! oh mon papa !" dix fois de suite, quand son père lui rend visite. Rarement.

Il est triste de ne pouvoir reprendre sa place de roi des fous, de semer la terreur, d'avoir sa cour, il tient à peine sur ses jambes, il n'a plus la force physique pour assurer le rôle, ses cheveux sont blancs, les muscles ont fondu, le sang ne bat plus assez vite pour vivre pleinement l'euphorie inégalée de la démence. Il dérobe quelques gobelets, cinq fruits, des sachets de cacao en poudre, un jeu de cartes, trois magazines, des serviettes. Sa revanche tient dans ces larcins, c'est sa rébellion, le souvenir de sa majesté. Il ne mange pas au réfectoire/salle de jeux et de télé (écran plat, TNT, anachronisme sinistre qui souligne la vétusté des lieux et, en contraste, atteste du délabrement), il s'assied parfois brièvement à la grande table, l'après-midi et ricane en douce (tout en collant des sachets de sucre dans ses poches), lui le champion d'orthographe, le premier de la classe, qui découvre les Scrabble parfois surréalistes des malades.

Mon fou est amer. Pourtant, l'autre jour, alors qu'il s'appuyait à moi pour aller à la cafétéria, apercevant les restes de neige sur les buissons, il a murmuré : "on dirait des fleurs". Et il suit de près l'aventure décalée d'une pâquerette qui a poussé, unique, au pied d'un des bancs, devant le bâtiment. Elle résiste au gel, à l'hiver qui déjà transperce. Inexplicable et têtue. C'est devenu un sourire entre nous, je lui demande, en arrivant, le bulletin de santé de la fleur. Les dernières nouvelles étaient encourageantes : "oh ! elle taille la route, la pâquerette !".

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12 novembre 2008

[Scintillement]..........

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Il y a des soirs à l'écran qui s'amollissent, des images rouges sur la rétine collées, entre fatigue et ennui, l'oeil est occupé dans l'escalier. Bip bip bip... quand la ligne sera plate mon coeur se sera arrêté de battre, m'en rendrai-je compte ? à rebours, dans le froid du caveau, parlerai-je aux autres esprits endormis sous la terre, entendrai-je ce que fut leur vie ? Vilaine manie, mes doigts courent au clavier, appellent d'autres peaux, manque de... Vous auriez frappé ce soir, à ma porte de bois épais, j'aurais entendu je crois, et ouvert sans doute. Ce n'est pas permis d'être aussi crédule, crépuscule, clavicule et campanule ce n'est pas permis. De chasses gardées en pêche à la ligne idéale, j'ai perdu beaucoup de temps aux ornières du chemin désormais enterré. Dans la boue, mon temps enfui, écrasé piétiné, en morceaux à carreaux, tel un mouchoir tombé de ma poche avec toutes ces choses qu'il ne fallait pourtant pas oublier. A quoi sert de pleurer, dans les larmes irisées les visages qu'il aurait fallu user à les embrasser, lécher, peindre, dans les larmes écrasées en flaques, des soleils retournés, des envers de regrets, toi mon amour... mon amour mon amour mon amour... ta tête lourde sous mon sein rêvée, mon amour mon amour mon amour... deux mots en deux voix qui ne s'entendent pas, quelle importance, tout est pour le velours... mon... tendre les lèvres... A... les ouvrir à ta langue... mour... l'embrasement commence et finit et recommence et jamais ne s'achève, en rond d'alliance notre baiser que nul ne donne ni ne reprend... mon amour mon amour mon amour... je me réveille, accroche à mes cils le songe qui porte ton nom. Encore un instant.


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04 septembre 2008

[Dérisoire]..........

jecris2

Le blanc,
je le déchire quand je veux
quand je veux je te dis, regarde !
Je le découpe, je le couvre, je le balafre
le blanc ne me fait pas peur
Ecoute
les mouches d'encre se posent sur la glace de papier et y patinent
arabesques,
envahissent, glissent
le murmure des lames, entends !
et leur stridence quand elles crissent pour m'arrêter
Mais rien n'y fera
Le blanc je le mords et l'avale, je suis le noir qui gagne et luit plus fort
tumultueux, dérangé, trop rapide,
un train d'obscurité sur l'aube morne
un fleuve d'ébène en crue sur des prairies d'hiver
le noir des insectes en nuée
qui envahit et célèbre la nuit, darde, suce et ponctue le sommeil
Je suis toute la nuit qui gobe le jour
du réel
La nuit de mon stylo
dévore la lumière du papier
en rafales forcenées
Le blanc je le froisse et le jette à la corbeille
je le pends à mes oreilles
ou en fais des voyages

Le blanc,
je le déchire quand je veux
quand je veux je te dis, regarde !
Je suis le charbon de l'éclair
dans la nuit blanche
la pluie d'ombres tombant des branches
sur l'été
Je suis le merle envolé
d'une épaule pâle
le chat ténébreux effleurant
l'ultime neige

Les mots
à la vitre salie

j'écris


Découvrez Various!

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01 septembre 2008

[Un dimanche de petite robe jaune]..........

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Dernier soleil des vacances, l'eau flambe sur la mousse des pierres, la petite robe jaune se pose sur l'herbe des sauterelles, entre les frênes et les aulnes, à côté des premières feuilles mortes. Plus loin, des travailleurs dissolvent leur dimanche à côté d'un feu de bois dont l'odeur va bien avec le frisson de la rivière. La petite robe jaune s'assied et, les genoux à la poitrine, les yeux dans le courant, parle vite ; du lycée qui va reprendre, de la peur qui est là, du grand frère qu'elle n'a pas. La petite robe jaune a du souci à grandir, à être trahie par d'autres robes, à se frotter aux ronces de l'envie. Elle soupire et les ombres jouent sur elle en nuées d'insectes avides. Des feuilles recroquevillées virevoltent jusque sur ses bras, comme du papier brûlé où errerait le souvenir des mots d'un amoureux chimérique ; elle sursaute. La petite robe jaune a seize ans et bien de la peine, bien des sourires aussi, qui lui échappent, comme des oiseaux, sur la berge. Elle ne court plus après les lapins en costume, elle ouvre des livres sans images qui finissent par s'endormir sur ses genoux. Puis elle mord, gourmande et fière, dans la tarte qu'elle a faite elle-même la veille, sous le tablier à carreaux. Elle se met en boule, le soleil s'amuse de ses mollets ronds de petite fille, elle ferme les paupières sur ses yeux de chat, impossible de dormir, des libellules vibrent dans l'air chaud, l'école semble si invraisemblable. On entend un enfant éclabousser l'espace, des motos vrombissent sur la route derrière les arbres, le monde va vite, il faut s'étirer et se lever, s'épousseter du plat de la main, chasser les rêveries qui dégringolent sans bruit sur la terre tiède ; piétinés la tragédie, ses amours immortelles, ses amitiés assassines, les désirs extrêmes de meurtre et d'étreinte. La petite robe jaune va voler sur la rivière, les pieds dans l'eau toujours glacée où nagent des monstres femelles et des poissons onduleux. Tout l'été couvre ses épaules et elle devrait y renoncer ? Quelle absurdité. Enfermée bientôt la petite robe jaune, froissée sur une chaise dure, tachée d'encre bleue moins bleue que ce ciel où vingt-six martinets dessinent un instant un message de victoire.


Découvrez Yves Simon!

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12 août 2008

[Pourquoi je mange les roses]..........

rosesParfois, en voyant des dames en imperméable gris aux arrêts de bus, par exemple, ou qui passent dans la rue plus ou moins près de moi, qui vaguement, toujours vaguement forcément lui ressemblent, j’ai une envie assourdissante de la chair de ma mère. Oui sa chair qui sentait l’eau de Cologne, le savon, le pain, le chaton, la fleur et le fruit, la poudre aussi, le mystère des femmes. Quand j’étais petite, j’avais déjà de ces fulgurances cannibales, j’imagine que c’est le désir ou le besoin commun de tous les enfants : manger leur mère. La mienne était particulièrement appétissante. Je n’ai jamais retrouvé cette luminosité qu’elle propageait doucement, tout doucement. Sous la peau, la chair était blonde et pleine, elle faisait penser à du pain ma maman, du pain juste cuit et posé dans la chaleur du fournil, on avait envie de croquer ses bras, parfois je le faisais, je l’embrassais et le baiser se terminait en mordillement. J’avais envie d’un festin de vampire, que mes dents se rejoignent, de lui arracher ce secret radieux qu’elle promenait, le faire mien, le garder à mon tour dans mon ventre, luciole en héritage. Sa peau, comme ses cheveux, était toute fine et il en irradiait, en transparence, une lueur ténue mais vivace, l’éclat d’une seule rose restée au rosier, parfaitement belle et fragile au petit matin de novembre dans le brouillard.


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26 juillet 2008

[Contes de l'orage]..........

contesorage03

Invasions courbes
eau et soleil s'épousent
des lames luisent

contesorage01

Bijoux et serpents
électrisent les vitres
panne d'image

contesorage02

Sur l'arbre froissé
des songes dorés glissent
hâtent les ombres


Découvrez Billie Holiday!

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07 juillet 2008

[Lueurs]..........

colline

Un oiseau sur la branche mot sur la page
noir
apaise la lumière

et dehors sur la colline
cent mille réverbères battent jaune pleureur
et dedans en ma poitrine
un seul phare baratte l’épaisse noirceur

ta peau sur la terre promenade au départ
bleue
enflamme les ombres

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