Lenverre

Histoires de causer, histoires d'en faire, de petites histoires de rien du tout presque vraies, ressemblant à des personnages existant ou ayant existé.

09 septembre 2009

[Contes de l'été et du jeune homme -2]..........

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Toujours le même conseil : c'est mieux en cliquant sur l'image.

Dessin : Henri

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12 mai 2009

[Entends-tu ?]..........

feu

Je suis morte. Tu ne le sais pas, tu te lèves et je suis morte. Loin de mon corps, tu étires le tien, il ne reste plus rien de ma caresse sur ta peau. Mon amoureux de l'autre bout du monde, de l'autre bout du temps, je suis morte. Je veux te dire au revoir mais je n'ai plus de langue, je n'ai plus de mains. Je suis un souffle, j'entre par la fenêtre de ta chambre, je pleure et tu ne le vois pas, je pleure comme on chante, comme on crie, je crie peut-être, je ris aussi de la joie de te revoir. Le vent dans les arbres ne fait pas autre chose. J'entre, je te murmure que je suis morte et tu n'entends pas. Nous nous sommes tellement aimés, m'entendais-tu lorsque je croyais être vivante ? Puisque je suis morte je chante le monde entier et les voyages, les sirènes de bateau, le chant des mouettes, la vague qui heurte la jetée.
Tu sursautes.
Est-ce le vent ?
Est-ce moi ou l'appel de la mer ? Je suis un fantôme, entre ton pull et ta peau, je viens. Les battements de ton coeur, de ton coeur, de ton coeur, réguliers encore comme les pas d'un cheval tranquille, je les bois. Mon amoureux enfui qui ne sait pas que je ne suis plus. Entends-tu ma voix ? Ma langue morte sur ta peau appelle. Tu frissonnes. C'est moi ! Souviens-toi ! Je dessine un mot sur ta poitrine, du bout du souvenir de mes doigts, comme on  grave la pierre, de toutes mes forces désapprises, je sculpte : B-L-E-U.
Tu souris.
Tu revois mes yeux, tu fermes les tiens et tombes lourdement dans un repli de mon songe de velours. Le temps fuit par la fenêtre d'où je suis venue, tu crois en moi à nouveau, bleu l'Atlantique, bleu le frais cresson sous la nuque du soldat endormi. Bleue la rivière sous nos visages emporte un reflet de baiser. Bleue la flamme. J'entends le tambour de ton coeur qui m'appartenait et ta voix qui avoue mon prénom se mêle à la mienne, qui rêve le tien. Un enfant passe. Tu le rejoins, tu repars et tu ne sais toujours pas que je suis morte. A nouveau je prends le stylet et, de toute ma volonté d'amoureuse, je souffle sur ton cou : B-A-L.
Les forces me quittent, je ne sais plus rien écrire, entends-moi ! Tu me reviens, l'enfant est passé.
Un soir de 14 juillet sous les lampions et, à côté des lumières et des danseurs, le petit chemin le long des murets encore tièdes ; tu me prends la main, impatient. Dansons. Entre toi et moi la mort que tu ignores tient si peu de place, l'espace d'un soupir, elle est la musique qui s'insinue entre nos ventres et nous enlève, l'électrique distance qui nous préserve brûlants. Puisque je suis morte je chante le monde entier et les corps, le froissement des draps, le rythme de l'étreinte, la confession de joie. Tu penches la tête en arrière et s'éternise la chute enlacée, la merveille. Je suis la douceur que tu réclames entre ta peau et l'air, je galope dans ton sang, retrouvée, tu apprends ma présence, la pluie au carreau m'accompagne.

Reste plus loin encore.

Je tatoue ton corps tout entier, tu entends. L'urgence me remet au monde, des phrases te pénètrent, des histoires t'ensevelissent,  tu es la machine rouillée sous le liseron blanc de mon adieu. Abandonné enfin. Tu sais que je suis morte, tu me gardes dans ton rire. Le parquet et le bois du cercueil peuvent grincer, les enfants peuvent courir et grandir, les routes peuvent fuir et tes pas s'éloigner, nous sommes ensemble, cachés sous la vie comme au frais d'une cave parfumée, en été.

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03 avril 2009

[Notamment]..........

monde
clic sur l'image pour la voir en taille réelle

Tandis que je vous écris, des feuilles mortes à l'automne dernier viennent encore danser sur la terrasse et les deux jeunes chattes aux mêmes teintes qu'elles, du côté chaud et silencieux de la vitre où elles se cognent, rêvent avec fièvre de les attraper afin de savoir enfin le bruit qu'elles font sous la griffe. Le lierre frémit au nord d'un arbre dont j'ai oublié le nom, penché sur la tombe du chat noir que j'aimais, effleuré sur sa droite par les derniers rayons du soleil qui va disparaître derrière les pins, au-dessus du talus. Sur les ombres qui demeurent encore au sol, des phasmes de bois mort paressent entre deux  rafales. Je sais que plus loin, dans tout ce que je ne vois pas, les forsythias sont presque complètement fleuris malgré la rudesse de l'hiver dont subsiste la fraîcheur, comme persiste parfois le parfum d'une femme dans une pièce qu'elle a quittée. Je sais aussi que les magnolias préméditent leur splendeur au-dessus des futures pivoines.

J'imagine que des femmes et des hommes marchent dans des rues qui me sont familières, posant leurs pas où je n'ai pas laissé d'empreinte ; des enfants sortent de l'école l'espoir au corps léger, d'autres ont peur à l'hôpital dans des pays que je ne visiterai jamais ou dans le mien, des églises s'effondrent, des hypermarchés s'érigent dans les champs, quelque part un jeune homme meurt dans la boue, du sang coule de sa bouche pleine, un peu plus loin un autre roule sa langue pour la première fois à une langue amie qui chante en même temps que la sienne, des costumes impeccables défilent dans des voitures brillantes comme des jouets et, dans ces costumes, dans ces voitures, de tout petits garçons parlent de la fin du monde ; une femme courbée sur son violoncelle fait pleurer le bois et les oiseaux, une plus vieille replace le foulard sur ses cheveux puis s'incline à nouveau au-dessus des coquelicots,  un nouveau-né s'éteint contre un sein vide, un vélo grince sur un chemin bordé de pierres sèches, un camion en double un autre sur l'autoroute surchargée, une voiture lancée à vive allure doit freiner brutalement ; une fille coupe le fil de son ourlet entre ses dents très blanches et laisse sur le bas de sa nouvelle jupe une goutte de salive, un mari inquiet pousse la porte de la maternité avec un couffin dans les bras, une secrétaire réprime un bâillement pour répondre au téléphone et jette un coup d'œil à la pendule,  un touriste roule le long des vagues dans un bus climatisé en scrutant l'écran de son appareil photo où pose une danseuse du ventre vêtue de rouge, une épouse sort de la chambre vide de son mari emportant  un sac poubelle plein de ses affaires, un oiseau pique sur l'eau verdâtre du bassin olympique fermé jusqu'en juin, la mer monte, un homme jouit, une femme hurle, le chirurgien apprend à la mère qu'elle doit préparer ses enfants à vivre sans elle, une fillette, qui a au coin de la bouche une minuscule trace de chocolat sur laquelle elle passe la langue, enfile ses chaussons de danse ; un professeur de philosophie perd le fil de son discours, des adolescents ricanent, un amant regarde sans sourire sa maîtresse endormie, est-ce elle qui rêve ?, une bouche mâche une galette de terre, un chien se fait écraser, un réalisateur crie : "ça tourne !", un vieillard appelle pour la bassine, quelqu'un que j'ai peut-être aimé et perdu aide son fils à faire ses devoirs, un ouvrier appuie sur la touche "7" de l'ascenseur, une femme dégrafe son soutien-gorge et se met à fredonner, un cœur de soixante ans bat sous une poitrine de trente, au bord d'une piscine turquoise, quelqu'un aboie : "grosse putain !", une mésange tombe du nid, des poings frappent, un nez explose, un chant apaise, des mains forcent, une voix murmure : "encore", une gamine rousse sort en courant de la boulangerie avec le pain du soir pour la famille, un président chie dans de la faïence parfumée, quelqu'un crache par la fenêtre, un rire jaillit, une balle transperce un crâne, un train passe ; deux regards se croisent au passage à niveau, les barrières se relèvent, la conductrice redémarre, l'homme dans le compartiment reprend son livre. Quelqu'un écrit.

01 décembre 2008

[Elle taille la route, la pâquerette !]..........

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- Je suis la pire des daubotes !
Elle crie dans le couloir. Elle crie lentement, comme beaucoup ici : les voix sont au ralenti, alourdies par la prescription médicale, ça donne de drôles de sons, empâtés, des cris dans des oreillers qu'on articulerait en cauchemar, qu'on croirait articuler.
- Ici, je ne progresse pas, je régresse. Elle prononce : "regraisse". Elle regraisse la petite fille aux chaussons roses et à la voix éteinte. Elle fait les cent pas dans le couloir beige. Un papillon à la lumière, elle attend sa mère qui sortira bientôt du travail. Elle vient de se réveiller, elle voudrait sortir.
- Je suis nulle, nulle, nulle !
Une aide-soignante laisse tomber son chariot et va vers elle.
- Mais non, tu n'es pas nulle.
- Si !
- Non…

elle la prend doucement par la taille, l'assied avec elle sur une marche de l'escalier.
- Regarde tout ce que tu sais broder, tricoter. Moi j'en serais bien incapable.
La jeune fille qui a 18 ans chez les fous la regarde, pas tout à fait dupe mais un peu apaisée.
- Tu veux jouer à quelque chose ? Tu veux que je sorte un jeu ?
- Non merci madame, ma mère va arriver.

Elle va coller son visage à la vitre de la porte du dehors où la nuit est déjà appuyée, puis retourne dans la chambre, s'assied sur une chaise, dos à la fenêtre et se met à broder frénétiquement, le visage tout proche de l'ouvrage. L'aiguille frôle les lunettes, la peau du nez, les lèvres cousues enfin. Sa voisine de chambre n'a pas bougé, couchée elle regarde son visiteur, peut-être son mari, assis à son chevet. Il a la tête baissée sur  des mots croisés.
C'est Mireille qui s'y met. Depuis l'autre côté du couloir, elle réclame à manger, assise dans toute sa graisse inerte.  Personne ne lui répond, les infirmières boivent le café. L'aide-soignante a repris son balai.
- A manger ! J'ai faim ! nom de dieu ! bande d'enfoirés !

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Puisque rien ne vient, elle se lève, ça lui prend des siècles. Elle se poste au seuil de la chambre. Elle occupe toute la largeur de la porte. Son regard croise le mien, en face. Elle a un œil mort, l'autre scrute. Elle se met à rire très fort, brièvement. Elle sort une cigarette de sa poche de jogging et entame sa lente marche chaloupée vers la porte du "patio". Je respire, elle me tourne le dos, elle n'a rien dit. Pas d'insulte, je n'ai pas pris l'averse.

Le patio, c'est un bout de terre boueuse de 6 mètres sur 6 où sont entreposées l'une sur l'autre d'incongrues tables de jardins en fer forgé qui  rouillent sous la pluie de décembre après avoir rouillé sous celle d'autres novembres. Il y a encore quelques brins d'herbe dans la boue, sous le grillage mal caché par une haie de thuyas. On vient fumer là, entre suicidés de l'avant-veille, alcooliques, juste déprimés, méchamment dépressifs, attardés, on vient fumer là mais comme il fait trop froid, on ne sort pas vraiment, on souffle juste la fumée du côté du dehors. On reste dans le couloir au sol de ciment, aux murs jaunes d'un autre siècle, sous le néon blanc qui ne cache rien des dalles du plafond écroulées, de la plomberie rafistolée, du sordide insupportable qu'on finit par ne plus voir. Il y a un bout de tuyau qui ne va nulle part, deux colliers fixés au mur, un bout de tuyau. Une histoire de fous ("ils ne sont pas tous enfermés"). L'ambiance ressemble à celle des autogares d'antan, les soirs d'hiver, entre nuit d'encre et lumière trop crue. Pas de demi-teinte et on gèle, debout devant la petite porte sur le monde ; de l'autre côté de la haie, cinq mètres à peine, la grille de l'hôpital et la rue, des voitures qui passent, des bus illuminés plein de gens assis au chaud, la devanture d'un coiffeur "tout pour les nouvelles chevelures", celle des Pompes Funèbres.

La petite doit trouver le temps long au-dessus de son aiguille. Elle parle.
- Même quand je joue à un jeu qui me plaît, je peux pas, je peux pas ! "Je suis trop grande" pour le jeu. Pourquoi je serais trop grande ? Je ne suis pas trop grande !!!  La pire des daubotes ! Mon père est un connard, un sale connard.
Sa voix vole plombée dans le couloir. Elle rencontre celle de Mireille qui, revenue du patio, appelle toujours son repas, menaçante entre deux éclat de rire incongrus ; derrière elle on entend Goldman qui s'échappe de la radio "A nos actes manqués" ; ça ne s'invente pas. Vient se joindre au chœur une troisième femme, la dame de la chambre 11, la seule individuelle, avec des barreaux aux fenêtres. Elle lit. A haute voix, un peu plus claire que les autres, appliquée et monocorde, qui s'étrangle parfois mais persiste, élève que la maîtresse interroge. Quelques bribes enlacent les paroles de souffrance au-dessus du linoléum :
"Tout à coup… barrages de politesse… un flot d'aveux… Ici je suis à l'abri… Vous devriez vous reposer… Elle lui prit la main… bientôt le printemps, dit-elle… toutes les pendules de la maison… voilà mon mari… une odeur de grand air, de rue froide… gueule… acrobate… je le trouve très beau…. Toute rêveuse…. frileuse…il vérifia dans un miroir…il l'éteignit..."
Il y a toujours des livres sur la table de la chambre 11. Et des papiers. Elle écrit, souvent. Un jour, elle me demande en pleurant si j'ai un timbre pour envoyer sa lettre à son mari. Elle me la confie, l'écriture sur l'enveloppe est serrée, comme la voix, consciencieuse et tremblante. Je repasse sur les chiffres du code postal, pour qu'ils soient bien lisibles. Elle partira de la boîte aux lettres jaune de Cora.

Choros inextricable, le chant des trois femmes (dont un avec passé simple) explique le drame, complété par les grincements des sommiers de ceux qui ont renoncé à parler et par l'écho lointain des pas en pantoufles de quelques ombres qui déambulent. D'autres jours, l'histoire s'emballe, il va se passer quelque chose, on gronde, des hommes râlent, tempêtent, lancent des imprécations, la complainte enfle, devient colère. Les lendemains sont alors plus calmes encore : muselée la rage roupille en chien de fusil. Le silence reprend sa place épaisse jamais vraiment cédée le long des murs, mensonge d'harmonie contre les radiateurs toujours trop chauds qui font des flaques sur le sol brillant  juste au-dessous des paysages de rêves en posters gondolés ("que voulez-vous ma pauvre dame ? Ils ne feront plus de travaux, ça va être démoli dans deux ans").

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Mon fou à moi n'aime plus personne ici, les "fréquentables" sont sortis, il est resté, c'est injuste, enfant menteur, raciste et voleur de 58 ans. Son nouveau voisin de chambre a récupéré, il sait à nouveau regarder par la fenêtre, ne confond plus Pâques et Noël, admet que Jacques Chirac ne soit plus président. Il est revenu sur terre derrière ses gros yeux pâles, résignés et souriants. Les autres malades entrent souvent dans la chambre, il leur permet de fouiller dans son placard pour prendre des clopes. "trop bon trop con" murmure mon yéti d'un air méprisant.

Il essaie même, cet insupportable gentil,  de parler à mon frère qui lui répond, bourru, par monosyllabes. Il se cache, mon fou, l'homme seul au milieu du monde. Il n'a plus l'énergie pour les grandes et terribles crises qui faisaient trembler nos ciels. Résigné et fâché, mauvais, il observe ses colocataires, leur trouve des surnoms et jamais l'ombre d'une excuse. "Pink Monster", pour la jeune fille obèse en robe de chambre rose ; "L'immense con" pour l'homme de plus de deux mètres (comment tient-il dans ces lits exigus ?) qui penche toujours la tête sur son épaule droite ; "Le pot à tabac" pour celle qui a toujours faim ; "Le séisme" pour la femme d'en face qui rouspète et fait trembler les murs ; "La tragédienne" pour la lectrice ; Seule la petite jeune fille, "la pire des daubotes", échappe au sarcasme, il n'en dit rien, juste qu'il trouve qu'elle ressemble un peu à notre nièce. Presque de la compassion : "ils l'assomment pour qu'elle la ferme". Il a l'air de bien aimer aussi cette femme sans âge qu'on attache à un fauteuil parce que son corps penche irrésistiblement vers le sol, qui regarde par en-dessous, recopie des catalogues au stylo bille vert, fait des puzzles Disney très vite ou parle à son poupon de Celluloïd. Il ne se moque d'elle que lorsqu'elle s'écrie : "papa ! oh mon papa !" dix fois de suite, quand son père lui rend visite. Rarement.

Il est triste de ne pouvoir reprendre sa place de roi des fous, de semer la terreur, d'avoir sa cour, il tient à peine sur ses jambes, il n'a plus la force physique pour assurer le rôle, ses cheveux sont blancs, les muscles ont fondu, le sang ne bat plus assez vite pour vivre pleinement l'euphorie inégalée de la démence. Il dérobe quelques gobelets, cinq fruits, des sachets de cacao en poudre, un jeu de cartes, trois magazines, des serviettes. Sa revanche tient dans ces larcins, c'est sa rébellion, le souvenir de sa majesté. Il ne mange pas au réfectoire/salle de jeux et de télé (écran plat, TNT, anachronisme sinistre qui souligne la vétusté des lieux et, en contraste, atteste du délabrement), il s'assied parfois brièvement à la grande table, l'après-midi et ricane en douce (tout en collant des sachets de sucre dans ses poches), lui le champion d'orthographe, le premier de la classe, qui découvre les Scrabble parfois surréalistes des malades.

Mon fou est amer. Pourtant, l'autre jour, alors qu'il s'appuyait à moi pour aller à la cafétéria, apercevant les restes de neige sur les buissons, il a murmuré : "on dirait des fleurs". Et il suit de près l'aventure décalée d'une pâquerette qui a poussé, unique, au pied d'un des bancs, devant le bâtiment. Elle résiste au gel, à l'hiver qui déjà transperce. Inexplicable et têtue. C'est devenu un sourire entre nous, je lui demande, en arrivant, le bulletin de santé de la fleur. Les dernières nouvelles étaient encourageantes : "oh ! elle taille la route, la pâquerette !".

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Découvrez Hubert-Félix Thiéfaine!

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12 septembre 2008

[Contes des corbeaux]..........

Sur le vent trempé
trois corbeaux dégringolent
encre de chine
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Découvrez Lu Pei-yuen, Lai Siu-hong, Liang Tsai-ping!

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25 août 2008

[Contes de l'araignée]..........

Dans l'écho de l'arc
Judy l'araignée du soir
tisse le piège
araigneearcencielvuelarge

Patience payée
pris dans la moustiquaire
l'espoir d'un trésor
ARAIGNEEarcencielvueRAPPROCHEE


Découvrez Mägo de Oz!

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26 juillet 2008

[Contes de l'orage]..........

contesorage03

Invasions courbes
eau et soleil s'épousent
des lames luisent

contesorage01

Bijoux et serpents
électrisent les vitres
panne d'image

contesorage02

Sur l'arbre froissé
des songes dorés glissent
hâtent les ombres


Découvrez Billie Holiday!

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25 juin 2008

[Contes de la pluie]..........

Ordre du jour levé : retenir les larmes
pluiedujour01

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[Contes du soir]..........

Bleu sur les branches
l'oiseau enseigne l'été
au serment des fleurs
arbres

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[Refuges]..........

chemin_de_ferJ'ai vécu au bloc A de la rue des prés. Le bloc des campenottes, ici les campenottes, ce sont les jonquilles. Des noms de fleurs. Bien des histoires, dans les caves, les tours de vélo, les abris des buissons le long des trains qui passent vite, les cerises et les rondes, les bagarres, les filles Bourlon m'ont fait tomber dans les orties, impossible de bouger, elles ont ordonné à Pascal, leur frère attardé, de me tenir plaquée au sol, et comme des bouts de peau échappent aux morsures des herbes, elles me passent une ortie sur les bras et la figure ; y a aussi Betty et son renard de l'autre côté du grillage, les femmes qui tricotent assises le long du mur,  l'ascenseur qui se bloque, la rue des prés sous mes souliers vernis, Richard amoureux (qu'est-ce qu'il est collant !) le carrelage jaune du couloir, les rideaux à carreaux et ma mère derrière : "je suis première ! je suis première !" il faisait pas bon être première au bloc.

J'ai vécu sous les toits, dans un tout petit appartement, un moment parfait, une nuit. Je me lève pour boire un verre d'eau, c'est l'hiver, je n'ai plus très sommeil. Je bois, pieds nus. A ma droite, dans la chambre, l'homme que j'aime dort. Derrière moi, au sud, mon minuscule bébé tout neuf rêve de choses que je ne sais plus. Devant moi, j'aperçois par le Vélux les toits de la ville où dorment : ma mère et ma soeur, ma nièce aimée, et plus loin mon frère dans une période de calme. Je ferme les yeux, je les ouvre à nouveau et chacun est à sa place, dans mon paysage, proche, chacun va bien à sa façon, il manque déjà mon père mais on le contient. Je referme les yeux, je confronte mon songe à la vision nocturne des toits sous décembre. Tout est parfaitement similaire. Je me sens gardienne de leur sommeil, au milieu de la mer, je conduis le navire, tout va bien.

J'ai vécu après dans un immense appartement de 200 m2 hors terrasse que j'aimais beaucoup, avec des parquets cirés, des plafonds à moulures, des portes-fenêtres qui suivaient le soleil tout le long de la journée, et des volets qui grinçaient au vent. Comme une île, cet appartement de roi, entre trois cours d'eau et le chant des grenouilles.

voyages02jpg

J'ai vécu enfin dans un endroit étrange qui n'avait pas de nom, juste un prénom. Où il existe un oiseau qui tient à la fois du canard et du cygne, un endroit entre ici et là-bas, un endroit du milieu. J'y ai vécu près d'une rivière, je la revois encore brillant sous la lune, entourée de cailloux blancs comme des dents de loup. Je m'y suis beaucoup promenée et quand j'étais fatiguée, il suffisait que je pose ma tête contre lui. J'y avais une cabane, de bois et de petites choses. J'ai vécu dans ce refuge, emprisonnée, contente de l'être près d'un grand feu apprivoisé. Dans les murs, il y avait des histoires secrètes.

Maintenant je vis chez les écureuils.

Ecrit et illustré le 25/6/7 pour dedicacessen

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