Lenverre

17 janvier 2014

[.]..........

projet orange02

Le souvenir de la mer sous les écrans
Des éclats de glace dans le vent
Font  les calendriers en confettis
Et les serments en fêtes achevées
Des trains filent  allumés de vitesse
Je reste
D'encre et d'attente bleue je suis  faite
Tandis que la lumière abandonne
Sur le mur déchiré
Juste avant le jour d'après
Dessiner  trois mots

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12 octobre 2013

[Puisqu'il n'aime pas les balades]..........

lenverre ecrivain maudit

Voir des femmes qui parlent sur les écrans, les trouver belles, jeunes, intelligentes, brillantes. Ne pas en revenir de tout ce qu'elles savent, de leurs regards profonds. Lire des blogs inventifs, en mouvement, des textes de talent. Me sentir dépassée, lourde, immobile. Le temps file  aux fenêtres, le paysage bouge et moi non. J'aimerais être un homme  de trente ans et écrire durement, simplement, écrire. Ou qu'au moins mes mots retournent au ruisseau sous un printemps vif. Que je me remette à pêcher dans l'air, les mains creusant l'onde insaisissable pour y attraper des poissons invisibles. Je dansais pour écrire. Désormais je sculpte laborieusement, grossièrement, le texte est  en pierre dure à tailler, mes bras et tout mon être deviennent comme elle quand je me mets au clavier, je ne connais plus la légèreté, le soulagement, mais l'envahissement au contraire. Y revenir tout de même. Pourquoi ?

La sensation que la vie est parfois comme un corridor sombre  plein de portes, certaines fermées à double tour, d'autres à peine poussées. Même si quelqu'un m'a dit : "de toute façon tu ne pouvais pas t'en sortir", j'ai eu de la chance : dans le mien, quelques-unes étaient entrouvertes sur des rais de lumière. Je n'ai rien voulu voir, il m'aurait fallu du courage pour les pousser plus, rencontrer, convaincre. Combien de rendez-vous ai-je annulés de peur qu'on me voie si miteuse ? Je préfère renoncer, je crois que c'est presque fini. Il m'était pourtant si cher le rêve d'écriture. Je n'avais pas la carrure. Il aurait fallu accepter de décevoir plutôt que fuir, savoir quoi faire de mes paperolles, chercher des adresses, donner des coups de fils, sortir de la torpeur, entreprendre, connaître des maisons d'édition, des gens dedans, aller manger avec eux, leur révéler l'imposture.

J'ai lu récemment un article dans Marianne. Que font les écrivains en vacances ? Je ne me souviens pas de toutes les réponses, je sais qu'elles m'ont toutes agacée. J'ai encore en mémoire celle de Martin Page. Magnanime, il allait accorder une semaine à la femme qu'il aime et à ses amis. Non, il ne se baladerait pas, il n'aime pas ça. Non, il n'arrêterait pas d'écrire mais il serait là pour les repas communs. Je crois que ça se terminait sur cette belle promesse, en forme de prise de conscience : il n'y a pas que l'écriture dans la vie, l'amour et l'amitié c'est important. J'ai eu envie de hurler, de le secouer durement, comme la vie le fait parfois, de l'obliger à : marcher avec les autres, faire les courses, le plein, la vaisselle, manger, répondre au téléphone, écouter, conseiller, perdre son temps, se disperser en mille miettes que chacun dévore.

Il y a déjà longtemps, deux ans, un soir au hasard durant les deux mois qu'a duré le chantier du déménagement de mon frère psychotique, en rentrant dans ma petite voiture, je chialais. Le dégoût, la fatigue. Comment accepter de devoir prendre une pioche pour déterrer les restes d'un lit collé au sol par 1,50 mètre de détritus, enfoui sous 200 bouteilles de pisse millésimée ? Le problème avec la pioche, c'est que ça perce le plastique. Les bonds qu'il fallait faire alors pour ne pas se retrouver aspergée. L'impression de ne pas en voir la fin (elle est pourtant arrivée, merci). Il était déjà tard, sur Inter c'était l'heure de recevoir un écrivain. Là, c'était une femme. Elle parlait, d'une voix forcément intelligente, limpide, lente et grave avec un sourire en périphérie, de la nécessité absolue d'écrire qui enfouissait tout le reste, la vie quotidienne. Elle aussi disait  tout de même les impensables  concessions faites à la famille, à l'amour. Pensez : quoi qu'il arrive, elle réservait une heure de son précieux temps quotidien à ses enfants.  Et je n'ai pas seulement eu envie de hurler, je l'ai fait jusqu'à être obligée d'arrêter ma voiture sur le bord de la route, aveuglée par les larmes, la gorge en feu, essoufflée. Envahie de colère, d'un sentiment d'injustice énorme et de panique : je n'aurais plus jamais le temps. L'envie de lui arracher les yeux. De lui coller ma pioche... dans les mains et de lui ordonner d'être solidaire des vivants et d'arrêter ses poses, de l'obliger aux ampoules, aux plaies et aux bosses pour lesquelles je n'étais pas plus faite qu'elle.

Je me suis dit (ou me l'a-t-on soufflé?) très tôt, au début de l'adolescence, que mon désir d'écrire, que je trimballais pourtant depuis mes huit ans invincibles, était vaniteux, un refuge voire une lâcheté, de toute façon un luxe. Mais jusqu'ici, j'ai toujours cru que je me l'offrirais, ce superflu. Plus tard. Un jour.  Quand tout serait fait. Tout propre autour. Quand il ne resterait que ça. Que personne n'aurait plus besoin de moi. J'ai mis tant de barrières, je me suis tricoté tant d'alibis que je m'y suis emmêlée les pattes. Je ne cours plus. Me poussera-t-il des ailes un jour ?

 


Illustration : parce qu'il faut bien finir par en rire. Non ?... et parce que c'est un moyen de faire découvrir le meilleur de l'humour suisse à travers le site de Plonk et Replonk

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07 octobre 2013

[Souvenirs du paradis]..........

 troisoleils
Clic sur l'image pour accéder à d'autres cieux

 

L'été ment, on le sait : le beau temps ne durera pas, ni la douceur des choses et la liberté conditionnelle des corps s'arrêtera bientôt devant les armoires à vêtements. Mais quand on étend les bras, là, sous le pin où guette une mésange, que l'on a derrière sa minuscule tête tout le ciel que l'on sait posé sur la mer sans fin, alors rien n'est éphémère ni plus vrai. On appartient à l'écorce et à l'oiseau comme ils sont à nous : pour toujours.

Oui, si je ferme aujourd'hui les yeux, sous mes paupières durent la tiédeur et le vent, les voiles qui filent, le sable où vont les fourmis sous les miettes, la menace des guêpes tout près du poil des chats, le rythme de la vague en réponse à la mécanique des cigales ; survivent un éclat de soleil sur la guitare à côté de sa main, tous les levants incendiaires après les aubes violettes, la fumée que rendent les braises du repas, les ronds de sel sur ma peau à la crème, les voix aimées mêlées, si proches qu'elles pourraient être la mienne. Je les porte encore au milieu de la poitrine sous ma peau, comme un pendentif dont je cacherais la splendeur.

Mais si j'y regarde de plus près… est-ce que persiste, en filigrane du souvenir, telle une tache délavée presque imperceptible, cette sensation furtive de songe, perçue parfois sur la plage laiteuse du début de septembre quand la chaleur s'atténue, ce malaise léger comme un voile gris perle à travers lequel les choses s'épousent trop idéalement et les silhouettes des derniers baigneurs se meuvent si parfaitement ? Et la nuit demeure-t-elle qui vient, épaisse, engloutir brutalement la mer tandis que  la lune reste  accrochée aux montagnes ? Entend-on encore, plus noir que la nuit elle-même, le cri aigu de l'oiseau-machine qui la scande, métronome oppressant ?

La mer sépare. De quel côté du monde est-on quand on la regarde à la fin de l'été ? Si loin. Peut-être morts. Sur la carte postale, on écrira sans mentir : "ici, c'est le paradis" ; puis on retournera écouter la mésange sous le pin.

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06 mars 2013

[Gorgandine]..........

Echo écho écho ko ko ooooooooooooo....au tricotin de mars de la Mère Castor, lien multicolore qui me tire d'un long hiver

carlagoneglenv

Comme ses sœurs qui ne voulaient rien savoir de la vieillesse et de la mort, elle se pétrifia bientôt au miroir des écrans.

Jeu dans le jeu : comprenne qui pourra ou voudra ce que Boby fait là, chanté par mes chers Higelin, père et fille... !

 

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08 novembre 2010

[Apprivoiser]..........

animalIl n’a rien dit, il est parti. Elle aurait pu croire que c’était pour une heure. Il n’est pas revenu. Elle a rangé, mangé, s’est couchée dans le lit déserté.

L’animal est venu s'étendre contre elle.

Il était arrivé quelque temps après les premiers feux vifs de leur rencontre, le tout premier soir où leurs mains s'étaient défaites l'une de l'autre. Elle l’avait trouvé qui  l’attendait sur le coin d’une fenêtre, les yeux grands ouverts contre la vitre, dans la nuit moins sombre qu’eux  et avait entrebâillé la fenêtre pour mieux respirer, le voir de plus près, aussi. Tout de suite, il était venu sur son épaule, minuscule comme un bébé musaraigne. Déjà, il avait sa carapace épaisse de pierre grise et, quand sa gueule s’ouvrait,  c’était comme s'il advenait un matin de neige épaisse de l’autre côté d’un double vitrage.  Par la suite, il n’avait fait que grandir, doucement les premiers mois, puis démesurément vite au fil des dernières semaines avant le départ.

Ce soir il tient toute la moitié lisse du lit et son arrière-train préhistorique déborde dans le vide. Au fil de la nuit qu’elle visite, dans laquelle elle ne dort pas, elle le sait qui croît encore. Souvent, ces derniers temps, elle l’a entendu enfler ainsi, une pâte levée à l’étuve, qui se colle aux murs, au plafond, à ses tempes électriques en attendant l’aube et ses premiers mots. Elle le caresse malgré sa répugnance, c'est un vieux marbre humide sous une lune de novembre qui glisse sous sa main. Elle lui parle longuement  en pleurant peut-être. Chaque mot est avalé et le sel avec, l’animal s’étire encore, nourri. Chaque question  est une pierre jetée dans un marécage épais qui coule sans une onde. Elle se serre contre lui, tout contre ; il s'insinue en elle par chaque pore de sa peau qu’il est le seul à goûter, par chaque orifice, par les oreilles assourdies aussi. Il vient apaiser l’arrière de son front vrillé de chagrins, il colmate l'espace entre les souvenirs où bruissait cette musique, ne s'arrête pas, mâche les souvenirs eux-mêmes, jusqu’à les rendre parfaitement compacts et blancs, au point que nul ne  saurait plus les reconnaître. "Courage, je les ferai taire eux aussi", semble-t-il hurler.

L'animal sera le compagnon de l’aube d’après et des jours et des nuits qui suivront. Son corps mouvant prendra possession du moindre recoin, de la vaisselle, des armoires, des vêtements, de la nourriture et de l'eau, de la rue, des magasins,  du cœur des fleurs dans les vases, il serpentera  jusqu'à la cuisine sans quitter le salon, lèchera les murs, dégoulinera du plafond, jaillira des planchers, il s’imposera entre les figures des amis et la sienne, barrage entre leurs paroles et sa consolation, prendra la place des vibrations de leurs voix.

Isolée.

Souvent, elle le maudira, lui jettera des coups de pieds, tentera de le pousser par les fenêtres, aiguisera des lames pour lui arracher des morceaux rouge vif, chantera à tue-tête pour le duper, rira trop fort en espérant l’éloigner une minute. Elle l’attaquera avec ses ongles, ses dents, se débattra l’enterrée vivante.  Un jour sûrement, pour le faire décroître, le retrouver musaraigne inoffensive  sur son épaule et réentendre le passant, elle tentera de jeter à sa gueule obscène toujours affamée toute l’encre noire qu’elle sera capable de presser de ses veines ; qu’il l’avale jusqu’à s’étouffer.

 

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L'animal est partout qui jamais ne répond.

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22 octobre 2010

[Coeur battant]..........

Souvent, toujours, en sortant d'un concert d'Higelin, je suis regonflée à bloc et bientôt mélancolique. Il donne cette ENVIE de vivre, de courir, de baiser, de bouffer la vie, oui. Il dit que l'énergie pure existe, il la transmet. C'est si rare dans nos vies un peu molles, un peu routinières, toujours payantes, aussi. Il DONNE. Sans compter. Alors forcément, on ressort inondé de toute cette générosité, heureux comme un môme le soir de Noël. Mais, puisqu'on sait que ça existe, puisque ce n'est pas un rêve un type pareil, habité aussi fort par l'amour, arrive le moment où on est gravement en manque de cette magie, de ce partage hors temps qui exalte notre meilleure part. Oui, arrive l'instant -qui dure plus ou moins longtemps- où rien de tiède ne nous satisfait, où la vie calibrée, les aspérités des autres, leurs gueules d'enterrement, leurs agressivités additionnées, leurs renoncements, les nôtres, nous sont insupportables.

J'étais évidemment au Zénith lundi soir, pour ses 70 ans d'éternel jeune homme amoureux, pour ce grand concert de plus de trois heures et demie en forme d'étreinte sentimentale et chaleureuse. Larmes et rires. Cette fois, bizarrement,  l'effet de manque a été court, hier après-midi. Violent (en plein supermarché, en pleine vie de tous les jours, en pleine confrontation de mes plaies aux bosses des autres) mais déjà passé. Fugace peut-être parce que maintenant je sais avec certitude qu'il fait partie de moi, "qu'il sera toujours avec moi". Que malgré mes grands désespoirs, mes découragements, j'ai un remède imparable : l'écouter, m'accrocher à cette lumière qu'il a fichée en moi, dans le noir, comme une veilleuse contre les cauchemars. Je crois que je suis un peu sa fille (plutôt une fille-Arthur qu'une fille-Izia -c'est marrant comme c'est la plus "virile" des deux) parce qu'il m'a filé cette leçon de vie, que rien ne sert de gémir ; même si je m'y laisse aller parfois -souvent !- j'arrive toujours à en rire à la fin, à me remettre debout. Au bout de toutes ces années, il m'a armée autant que je pouvais l'être. Parfois, je me dis que sans lui, sans ce qu'il m'a APPRIS, eh  bien.... simplement... je n'aurais pas su trouver, toujours, le courage.

* vidéo chopée sur youtube, postée par "higelinauzenith2010" (précision : il est beaucoup plus svelte que l'image "tassée" peut le laisser penser)

Posté par A_Lenverre à 16:44 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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