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Le pays de mon cœur qui bat, qui bat, qui bat ? ce sera celui des songes où pendeloquent des cœurs caramels transpercés, olibrius à balancelle, galopant des amours flamboyantes, un drôle de pays qui ne dit pas son nom aux douaniers mais préfère le chuchoter aux enfants et aux amoureux. Contrairement à ce qu'on croit, il ne rejette pas ses habitants au petit matin –que l'on peut appeler les rêveurs, si on veut. Ce sont eux qui le quittent, pensant sortir juste un moment. Les voilà perdus pourtant : le pays de mon coeur est animé d'un mouvement presque imperceptible, qui peut faire franchir trois fois la distance de la terre à la lune en quelques secondes. On croit être encore au seuil, dans le jardin du rêve, en son ombre bleutée, on croit pouvoir revenir à sa douceur quand on le désire alors qu'on est déjà en plein désert, très loin ou tout près, de toute façon revenu, cerné  à nouveau par les frontières de ronces du réel. Les autres rêveurs nous cherchent dans le songe qui demeure malgré nous. Ils nous appellent ; on n'entend plus leurs voix, juste une vague rumeur que l'on prend pour du vent ou le chant d'un oiseau, le klaxon d'un camion blanc sur la colline. On pourrait peut-être encore retrouver la petite porte pourvu que l'on s'arrête, que l'on aperçoive les liserons derrière la rouille, que l'on entende l'oiseau derrière la poulie. Mais on secoue la tête, on chasse les abeilles chargées de miel, on continue à s'enfoncer sur nos jambes lourdes dans les taillis ou dans les dunes,  sans même savoir qu'on a renoncé et que l'oubli viendra.

Il faut habiter ses rêves avec ténacité et s'armer d'un fil d'or pour aller au jardin.

Ecrit et illustré le 17/1/8 pour dedicacessen